dimanche 19 septembre 2010

Juliet, Naked

L'éditeur eut la bonne idée de ne pas traduire le titre du dernier opus de Nick Hornby. "Juliette, toute nue", ça n'aurait peut-être pas eu la même touche. "Juliet, Naked" est un titre quasi évident pour un auteur qui dépeint généralement les déboires des humains en soignant l'environnement musical.
Je m'amusais à scander le titre, devenu petit gimmick, "Juliet, Naked" sonne bien, 4 syllabes bien accentuées.
Il est parfois difficile de comparer deux opus d'un même auteur, en ce sens que l'on le lit à deux moments très différents de son existence. Je me souviens avoir énormément aimé "Haute Fidélité", beaucoup moins "Vous descendez", aussi, mention spéciale pour "Une éducation" dont je me suis régalée de la version cinématographique.
Nick Hornby n'est pas l'un de mes auteurs fétiches mais je lui reconnais un talent certain. Il est consensuel et ne bouleverse pas de sa prose le monde littéraire certes... mais possède un style dans lequel il excelle, un crédo : les désillusions de l'âme en musique.
"Juliet, Naked" ne déroge pas à la règle mais l'auteur, arrivé peut-être lui-même à un stade de la vie où l'on prend ce qui vient avec flegme (d'ailleurs Tucker Crowe a beau être le héros américain du roman, je lui trouve une sacrée touche britannique) le bon comme le mauvais, transmet ce calme teinté de fatalisme à l'ensemble de ces personnages. La petite galérie d'hommes et de femmes formant le noyau dur de l'intrigue, Tucker, Annie, Duncan, Jackson, Malcolm, âgée de 6 à 70 ans, semblent tous bien loin de toute dérive hystérique.
Ce sentiment  omniprésent se transforme en atmosphère teintant quasi toutes les pages du livre. "Juliet, Naked" se lit avec plaisir mais sans exaltation. On a bien sûr envie de savoir quel sort subira surtout Annie, quand on est femme peut-être. Annie, cette quadragénaire qui se réveille un peu tard d'une léthargie généralisée...Mais Nick Hornby n'offre à son héroïne que de très réalistes solutions. Peut-être est-ce mieux ainsi ?

dimanche 5 septembre 2010

Défaire ses bagages

Les vacances sont terminées et dès demain s'écrit un nouveau chapitre.
Juste le temps de défaire les bagages et d'en extraire les indices de l'été écoulé, pêle-mêle : rochers, plage, soleil, rosé, villages, baignades, voile, scooter des mers, barbecue, Verdon, desperados, nutella, crème solaire, vieilles pierres, torrent, combishort, vagues,moustiques... et méduses !

mercredi 1 septembre 2010

L'été des méduses

Drôle d'animal que la méduse, crainte par tous les estivants, qu'ils soient du genre à pratiquer de modestes trempettes ou nageurs chevronnés. Ce n'est pas bien joli, ça ne nage pas, ça flotte seulement. N'empêche que les méduses sont craintes et entretiennent nombre de discussions au bord de l'eau.

Elles font partie du tableau estival auquel je donne quelques derniers coups de pinceaux avant de retourner à mes pénates.
Les rejoignent dans le cadre les chanteurs et musiciens uniques de la côte sud-est française. A Gourdon, petit village perché sur un piton rocheux, sévit Roger Chaupin - sans doute même pas un nom d'emprunt - et devant son échoppe s'agglutinent les touristes bizarrement hypnotisés. Roger, comme le racontent les vieux articles de Var et Nice Matin scotchés sur la vitrine, est un compositeur habité. De ses observations de la nature aux alentours de Gourdon,  découlent des morceaux de synthétiseur incroyables (oui mais dans quel sens ?). Roger Chaupin vit avec son temps : après une collection de CD (Nuages, rêve, neige de leurs titres respectifs), il s'est lancé dans les DVD, plaquant sur sa musique des plans séquence des environs.
Il y aussi Claude et Marylou et leur album Naturel, dont j'imagine qu'ils ont pour idoles Sonny et Cher, Stone et Charden. Je les découvre au sortir de courses chez Leclerc, leur affiche placardée derrière les caisses du supermarché.  Je leur trouve une place dans ma peinture estivale, sans aller pourtant jusqu'à me plonger dans leur univers. Je m'en passerai, leur photo en dit suffisamment.

Un autre jour, les rejoint la dame allongée sur la banquette du TER qui longe la côte. Elle a une soixantaine d'années et l'air très fatigué. Elle a pris trois fauteuils pour s'étendre et a retiré ses sandales. Je me demande si c'est pour ne pas abîmer les fauteuils ou par confort personnel. Je me permets d'être indiscrète comme elle a les yeux clos et la regarde un peu. Il est 9 heures du matin à peine et je m'interroge sur elle... Son visage porte les rides d'une lassitude certaine.

A des kilomètres de cet épuisement, habite, perché dans un petit village qui domine la baie, un couple propriétaire d'un mas dont ils ont fait un gîte charmant, un havre de paix magnifique. Transpire de ces deux là une enviable sérénité pour la fille des villes toujours trop stressée que je suis sans doute. Ils s'habillent tous deux de couleur sable, terre, grès, beige comme pour renforcer un certain ascétisme face à la consommation et la simplicité de leur rapport à l'existence. Enfin, c'est ainsi que je l'analyse.

Dans un genre différent, il y a cet autre couple qui se marie à Gourdon le jour où l'on y passe et qui se sacrifie ainsi que ses invités à la traditionnelle séance photos dans les jardins Le Nôtre du château minuscule. Les pauvres suent à grosses gouttes et semblent empêtrés dans leurs tenues d'apparat.

Mais ce sont les méduses qui tiennent la vedette de cette riche distribution de mes vacances. Elles sont là quasi chaque jour et quand ce n'est pas le cas, on les guette prudemment. Elles ne gâchent rien tant qu'elles ne piquent pas et créent donc un sujet de conversation dans tous les cercles et entre toutes les générations.

vendredi 13 août 2010

La plume majestueuse d'Edith Wharton

"Etait-ce l'amour, se demandait-elle, ou simplement une combinaison accidentelle de pensées et de sensations heureuses ?"..."Il est moins mortifiant de se croire impopulaire qu'insignifiant, et notre vanité préfère voir dans l'indifférence une forme latente d'inimitié"... "Mais l'idéaliste quand il est soumis à de vulgaires nécessités, doit employer des esprits vulgaires pour tirer des conclusions auxquelles il ne peut s'abaisser en personne..."...

Ce ne sont là que d'extraits choisis au hasard parmi les pages denses du roman d'Edith Wharton, "Chez les heureux du monde" ou "The house of mirth" dans sa version originale, d'infimes morceaux d'une oeuvre dont s'exhalent mille et un parfums, du plus raffiné, poudré au plus incommodant, puant.

 J'avais d'Edith Wharton un souvenir brumeux, provenant d'une première année de fac d'anglais, l'étude d'Ethan Frome. Je ne me souviens pas de grand chose mais tout de même du plaisir causé par cette lecture obligatoire.

Lily Bart est une héroïne étrange en ce sens que l'on ne l'aime ni ne la déteste, qu'elle est formidablement et affreusement humaine, en relief, vivante entre ces pages. Ces contradictions, sa superficialité, sa vanité et son sens moral tisse le squelette de la banale complexité qui définit l'être humain.

Edith Wharton dépeint avec merveille la société new yorkaise du début du XXème siècle. Loin d'être une experte en la matière, je prétends pourtant percevoir combien l'auteur réussit avec un indiscutable talent à donner vie à l'environnement comme au personnage.


Et la réussite de l'oeuvre ne s'arrête pas là. Au-delà de bâtir cette réalité palpable pour le lecteur, même en 2010, la netteté des contours et des contrastes de la vie de l'époque et des figures fortes de héros empêtrés dans de lourds carcans, Edith Wharton insuffle une poésie extrêmement raffinée à son récit. La valse lente de Lily, Selden, Gerty Farish, des Trenor, de Rosedale nous entraîne sans discussion possible avec eux et serre bien souvent le coeur.

dimanche 25 juillet 2010

Deux lectures

 "Les Corrections" de Jonathan Franzen et "Tu seras une femme, ma fille", se sont succédés ces derniers temps sur la table de chevet. Une recommandation et un prêt. Deux ouvrages à l'opposé l'un de l'autre.

"Les Corrections" est un excellent roman que j'ai regretté de lire en français après avoir remarqué à plusieurs reprises que l'on statuait sur une traduction en deça de la version originale. Eh bien, même ce français décevant a réussi à me convaincre. Franzen écrit un roman dense, autour de 5 personnages principaux où chacun devient tour à tour le noyau de l'histoire, chacun a sa part égale du gâteau littéraire qu'il cuisine.
"Tu seras une femme, ma fille" est la fiction biographique de Nathalie Rykiel, fille de et héritière donc d'une petite entreprise de mode parisienne ayant bien fructifiée. Et entre ses pages, elle se vautre allégrement. Il y a quelques personnages secondaires : ses 3 filles, son ex-mari, sa mère bien sûr et quelques autres mais ils ne sont là que pour renvoyer une image déformée à Mme Rykiel fille, tour à tour mère, épouse, amante, amie et fille.
D'un côté les américains caricaturaux du Midwest et de l'autre les clichés germano-pratins.
De deux côtés de l'Atlantique, des histoires de famille comme les autres, c'est-à-dire uniques. Les Lambert sont fictifs mais au fond bien plus réels que Nathalie Rykiel, les Lambert sont contradictoires, névrosés, secrets, rongés par des conflits latents et les antagonismes de leurs personnalités. Les Lambert sont bon nombre de familles d'Amérique et d'ailleurs.
A la lecture de ces lignes, l'on peut déduire que la balance de mon plaisir de lectrice a nettement penché vers "les Corrections". Ce n'est pas inexact mais il serait faux de dire que je n'ai trouvé aucun intérêt au livre de Nathalie Rykiel. Si l'on maîtrise et accepte les codes du minuscule univers parisien dans lequel elle évolue, l'on est tout prêt à trouver un peu de grâce et de poésie dans son (?) écriture. Ces pages sont le reflet d'un Narcisse à la plume habile. Les pages se tournent et distillent le parfum Rykiel Rose.
"Les Corrections" sentent fort une fête de Noël dans une maison poussiéreuse du Midwest. Moins classe mais peut-être plus intéressant.

Carte postale stambouliote


Ce cliché est l'un de mes favoris de ceux saisis à Istanbul. Au détour d'un passage, nous tombâmes en arrêt devant la vitrine de ce coiffeur. Il était à l'extérieur de sa boutique, entrain de discuter avec ses comparses et peut-être d'entamer une partie de backgammon. Diplomates, nous lui demandâmes l'autorisation de saisir son salon. Il se glissa, à notre bonne surprise, dans le cadre.
Cette photo fige un aperçu d'Istanbul telle que nous avons aimé la découvrir. Au-delà des merveilles de l'histoire, la capitale turque bouillonne et existe via un subtil équilibre entre modernité et traditions préservées.

lundi 12 juillet 2010

La pomme, toujours la pomme

Je grince des dents devant la dernière publicité pour l'Iphone 4. Si l'ingéniosité du produit n'est plus à débattre, je mature complètement du marketing outrancier auquel cherche à nous soumettre le service comm de Steve Jobs.

Car, chez Apple, c'est décidé, la version 4 séduira même les plus réticents, les anti-geeks, ton petit cousin de 4 ans, ta grand-mère de 90, plus personne ne pourra résister. En 1 minute 30 secondes, le film publicitaire présente plusieurs scènes de vie en visiophone, grâce à cette toute nouvelle version équipée d'une caméra que l'on peut utiliser en téléphonant.
L'Iphone relie ainsi une mamy qui applaudit sa petite-fille habillée et coiffée pour la remise des diplômes américains - ce qui sous-entend que mondialement l'on reconnaît les codes made in US d'ailleurs -, un soldat musclé, coincé dans son baraquement qui assiste à la première échographie de sa compagne (eurasienne) et enfin le summum, deux jeunes gens sourds et muets entrain de flirter... merci l'Iphone !

A quand la version 5 pour les manchots ? Apple peut bien trouver une solution. Le cynisme m'étouffe peut-être mais là, non vraiment, les mecs, sérieux... ça va trop loin !